Satan Jokers : l’interview de Renaud Hantson

*Vos textes semblent être aussi engagés que personnels, qu’est-ce qui vous inspire dans votre processus de création ?

L’écriture est une véritable thérapie pour moi. J’ai fait trois livres sur mes addictions, trois albums avec le psychiatre addictologue Laurent Karila pour Satan Jokers et j’ai créé mon Opéra rock « Rock Star ». Je parle de ce qui m’interpelle, me touche personnellement ou me révolte. Je fais de plus en plus attention aux messages que j’essaie de communiquer car c’est important dans la trace musicale que je souhaite laisser et c’est aussi le lot des années qui passent et l’expérience qui exigent de chanter moins d’inepties !

*Qu’est-ce qui vous a donné l’idée / l’envie de réaliser ce best-of où l’on redécouvre vos morceaux grâce à cette dimension symphonique ?

Cet album, c’est avant tout la rencontre après un concert à Aix-en-Provence avec Florent Gauthier, musicien et professeur au Conservatoire, ayant la double culture du rock et du classique. Ce dernier s’est présenté avec le même second degré et cynisme que moi en affirmant être l’idée brillante que j’attendais pour ne pas mettre un terme à Satan Jokers. J’ai accepté puisque c’est la première fois qu’un groupe de metal francophone osait la rencontre impensable, improbable et tendancieuse entre deux univers aussi opposés que le rock et le classique. J’aime l’idée que Satan Jokers fasse certaines choses avant d’autres « collègues » du circuit !

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*Vous avez donc travaillé et enregistré avec l’Orchestre Symphonique Phocéen, comment les avez-vous choisis et quel souvenir gardez-vous de cette expérience ?

Nous avons décidé de prendre surtout ce que l’on peut considérer aujourd’hui comme les « incontournables » de la première version de Satan Jokers associés aux titres plus récents pour qui une version symphonique apporterait vraiment quelque chose, en accord avec Florent Gauthier et les membres du groupe, évidemment.

L’enregistrement des parties symphoniques s’est fait dans le sud de la France sous la direction de Florent. Je n’y ai pas assisté mais cela a été un vrai plaisir de recevoir les parties musicales et de redécouvrir mes propres titres.

*Stéphane Buriez a participé à votre précédent opus, Sex-Opéra (2014), on le retrouve ici sur le titre « Vip Hiv ». Comment vous êtes-vous rencontrés et en êtes-vous venus à collaborer ?

Lorsque nous avons écrit l’album Sex Opéra, Laurent Karila a pensé immédiatement à Stéphane Buriez pour jouer le rôle d’un des personnages principaux, King Sodom, qui tient le club « 6 Sex 6 » où se situe l’essentiel de l’action. J’ai toujours eu beaucoup de respect pour lui, j’adore ce mec et le connais depuis bien longtemps ! Il a accepté de participer à l’album et nous avons repris les parties vocales qu’il avait enregistrées pour Symphönïk Kömmandöh.

*J’ai lu que vous aviez été touché par le récent décès de France Gall. Vous avez choisi de mettre en avant le titre « Quand Les Héros Se Meurent » (1983) pour exprimer votre ressenti. Est-ce que pour vous c’est un titre intemporel qui symbolise la rudesse dont la vie peut faire preuve ?

Oui, en effet, on peut dire ça. Je me rends compte qu’aujourd’hui la plupart des héros de mon adolescence ou les personnes qui ont tout fait pour m’aider dans ma vie musicale ont disparu. C’est très compliqué à vivre et à accepter. Cela rappelle que plus on avance en âge plus l’expérience est grande, plus on tient à la vie mais aussi que le temps passe très vite…

*Depuis vos débuts le monde de la musique a beaucoup changé. Pourriez-vous nous donner un exemple de quelque chose que vous appréciez à l’époque mais qui n’existe plus ou n’est plus possible aujourd’hui. Et inversement, un aspect que vous affectionnez dans la musique d’aujourd’hui et qui n’était pas envisageable par le passé.

Déjà j’aimais bien les pochettes des vinyles car tout y était encore lisible pour mes yeux aujourd’hui vieillissants, sur un CD on ne voit pas grand-chose ! Tout semblait peut-être aussi plus simple dans les années 80, de nombreux groupes partageaient l’affiche. Les gens achetaient des disques, se rendaient dans les salles de concert, on avait envie d’y être. Alors qu’aujourd’hui, on télécharge illégalement les albums et on filme les concerts via des portables avec une qualité proche du niveau zéro sans profiter de l’instant. On visionne ces piètres images sur Internet en ayant l’impression d’avoir assisté au spectacle de tel ou tel groupe, ce qui donne un marché du disque et même de la scène globalement en perdition.

En revanche, Internet et les réseaux sociaux ont permis une exposition plus grande pour les divers groupes et on peut fédérer le public qui s’investit en ce qu’il croit, ce que nous avons pu constater par la participation massive au crowdfunding de notre nouvel album.

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*Nous vous avions vus lors de votre dernier passage au Korigan à Luynes, quelles sont vos prochaines dates ?

Satan Jokers ne donne plus beaucoup de concerts par choix car c’est une grosse machine avec ce que l’on peut considérer comme la Dream Team du Metal français et chacun des musiciens a un planning chargé. Nous évitons de nous brader comme le font quelquefois certains groupes qui veulent à tout prix jouer mais qui ont parfois un job en dehors de la musique, ce qui n’est pas notre cas.

Nous serons néanmoins le samedi 17 mars 2018 à la release party d’Oblivïon (avec également Archange et TBA) au Jack Jack 9 bis allée Gaillard Romanet à Bron (69).  Et nous pensons déjà à la dixième édition du Satan’s Fest, festival que nous organisons au Pacific Rock tous les ans le premier samedi du mois de janvier au cours duquel nous devrions jouer l’intégralité de l’album Les Fils du Métal  afin de fêter l’anniversaire des 35 ans de sa sortie…

*Qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite, vous qui avez une carrière déjà si riche ?

J’ai simplement envie de laisser une trace dans cet univers musical tout en gardant la liberté d’être un artisan de la musique. Je voudrais voir se monter mon opéra rock Rock Star sur scène et continuer à défendre ce que Michel Berger, qui reste un mentor et un père spirituel pour moi, appelait « la bonne musique ». C’est ce que je fais le moins mal dans ma vie et qui semble toucher le public qui me suit. Je n’ai donc pas encore envie que cela s’arrête mais c’est vrai qu’une solide agence de spectacles ou une bonne production de concerts aideraient franchement mes divers projets et faciliteraient leur exposition, trouver les bonnes personnes en ce domaine est donc ce qu’on peut me souhaiter.

A propos Mlle S

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